Création de 15 logements et d’une salle de conférence au sein d’un ancien Hôtel Particulier | 2023-2025 |

Client : Creserfi

Mission complète |1280 m² |2 200 000 € HT | Livré

BET STRUCTURE : RAAI

AMENAGEMENT INTERIEUR : Intérieur Dédié

PHOTOGRAPHIE : CAROLINE DETHIER

Back to the Future : Surélever un fantôme

Le téléphone sonna un jour de manière tout à fait fortuite. À l’autre bout du fil, un propriétaire nous contactait un peu au hasard, alors que son projet de restructuration pour créer quinze logements à vocation sociale et une salle de conférence était cliniquement bloqué en mairie. Au 39 rue de l’Échiquier, au cœur du tissu urbain dense et minéral du Faubourg Poissonnière, le dialogue avec les acteurs de la ville s’apparentait à une véritable impasse réglementaire. Pour débloquer la situation, il fallait déplacer le regard et résoudre un paradoxe temporel : projeter le bâtiment dans l’avenir en opérant un retour vers son passé, non pas en mimant ses formes, mais en ressuscitant son vide.

Le glissement vertical : ressusciter le jardin suspendu

L’étude historique de la parcelle a révélé son organisation originelle, faite de cours et d’un grand jardin comblés au fil des décennies par l’industrialisation du site. Forts de notre expérience dans la surélévation, nous avons compris que la solution consistait à regarder le plan de masse d’origine pour y trouver la clé : ressusciter le jardin disparu, mais sous la forme d’un paysage suspendu.

En travaillant en coupe, la salle de conférence se glisse au rez-de-chaussée tandis que sa toiture est modifiée pour devenir une terrasse paysagée suspendue. Ce vide végétal retrouvé fonctionne comme un cloître contemporain qui redonne de l’air à la parcelle et distribue les logements. En fond de parcelle, une surélévation ciblée accueille un nouveau volume léger dédié aux séminaires, venant clore cette intériorité perchée.

L’écologie comme thérapie : légèreté structurelle et réemploi

Pour ne pas surcharger les maçonneries existantes, nous avons fait le choix de la légèreté : une structure métallique en pont franchit la salle de conférence, surmontée de dalles en bois massif (CLT) pour accueillir la terre et la nature. Notre démarche s’inscrit pleinement dans l’économie circulaire : la charpente métallique des anciens ateliers de la cour a été déposée, traitée et réemployée pour structurer la toiture de la surélévation. Côté enveloppe, sa façade vitrée est rythmée par une double peau en lames de pierre. Par ce choix de matérialité, l’extension s’intègre simplement dans un îlot défini par sa minéralité.

Une architecture réconciliée

Aujourd’hui, le bâtiment sur rue a retrouvé sa vocation première : l’habitat. C’est sur cette partie dédiée aux logements que le travail s’est mené en totale synergie avec l’architecte d’intérieur Bertrand Alexandre, afin de concevoir des intérieurs qualitatifs ouverts sur la terrasse, tout en intégrant de manière fluide l’accessibilité grâce à un ascenseur.

La réapparition du vide historique en hauteur, l’allègement des structures par le bois et le réemploi de la matière déjà là permettent de concilier préservation du patrimoine et transition écologique. Et tout ça sans DeLorean.